02/01/2014

3 Culte napoléonien et extrême-droite / 4 Vers l'anti-révisionnisme...

3 Culte napoléonien et extrême-droite 

3.1 Jourdan Annie, Mythes et légendes de Napoléon, éd. Privat, 2004

 

(p.29) Le sacre du 2 décembre 1804 eut pour effet immédiat de rallier la plupart des prêtres à l'Empire. Mais celui-ci n'en fut pas pour autant une « monarchie chrétienne », dans le sens strict du mot, en ce sens que Napoléon n'eut de cesse d'invoquer sa légitimité divine pour imposer à Rome et au clergé catholique sa politique. En témoignent plus parti­culièrement la création du Catéchisme impérial et la fête de la Saint-Napoléon de 1806, qui visent à déifier de son vivant le nouvel Empereur. Si l'on en croit l'étude de Latreille sur le sujet, la curie, qui les examine quelque temps après leur élaboration mais trop tard pour les empêcher d'être diffusées en France, juge les deux créations trop poli­tiques et irrespectueuses de la religion. Dans le Catéchisme, Napoléon avait ajouté de sa griffe qu'il fallait le considérer comme « l'image de Dieu et le dépositaire de sa puissance sur terre ». Mais outre cette prétention à poser l'Empereur en représentant de Dieu, le Catéchisme, qui devait être imposé à l'ensemble du clergé de l'Empire, aurait été destructeur de l'autorité religieuse, propagateur d'un « dangereux» esprit de tolérance et aurait exalté par trop la puissance civile. C'était là bien évidemment son intention. Portalis le confirme quand, en mai 1807, il écrit à Napoléon: « Tout est calme, tous les évêques français ne sont occupés qu'à remplir les vues supérieures de Votre Majesté en facilitant de toute l'influence de leur ministère les opérations politiques de la conscription. » la leçon VII, en effet, prônait les devoirs des sujets dans l'ordre temporel, au nom de la volonté divine: « C. - Pourquoi sommes-nous tenus de tous ces devoirs envers notre empereur? « R. - C'est, premièrement, parce que Dieu qui crée les empires et les distri­bue selon sa volonté, en comblant notre Empereur de dons, soit dans la paix, soit dans la guerre, l'a établi notre souverain, l'a rendu le ministre de sa puis­sance et son image sur la terre. Honorer et servir notre Empereur est donc honorer et servir Dieu même. Secondement, parce que Notre Seigneur Jésus­Christ, tant par sa doctrine que par ses exemples, nous a enseigné lui-même ce que nous devons à notre souverain 6 [...] » 6- André Latreille, Le Catéchisme impérial, Paris, Les Belles Lettres, 1935. Sur Portalis, voir p. 174. Sur le Catéchisme, voir pp. 80-81.

 

(p.123) L'extrême droite royaliste et Napoléon« Seulement les coups d'État royaux ont assuré l'ordre pour un bon bout de temps, ce qui a permis bien des choses. Des coups d'État bonapartistes, le dernier, en 1851, n'a rien fondé; on est revenu, en dix ans, au vomissement parlementaire; et, pour celui de 1799, c'est une question de savoir si sa durée n'a point causé plus de calamités qu'il n'avait rendu de services initiaux. On va voir que tout reste discuté, balancé, hormis un point: Napoléon fut un très grand général. » Charles Maurras, Jeanne d'Arc, Louis XlV, Napoléon, in Œuvres capitales, Il, Paris, 1954. (p.123) Jacques Godechot, grand spécialiste de l'histoire de la Révolution française, aborde le sujet sous un autre angle. Il passe en revue les diverses fonctions exercées par Napoléon avant de conclure sur les erreurs commi­ses en chaque domaine. Génie militaire, Napoléon? Certes, mais un génie incomplet qui ne sut innover en matière de stratégies et de techni­ques militaires. Grand politique? Sans doute, mais il fit l'erreur de vouloir rallier l'aristocratie, au lieu de rester au centre gauche; de même, il conclut le Concordat sans parvenir à séduire pour autant le clergé réfractaire. En économie, même reproche. Napoléon n'a rien compris de l'immense révolution qui s'accomplissait dans les domaines industriel et commercial. Du point de vue social, il n'a pas non plus prévu la for­mation du prolétariat ouvrier, ni la naissance d'une société industrielle. C'était là, il est vrai, beaucoup lui demander, d'autant que la France des années 1800 n'était pas à l'avant-garde dans ces domaines. Plus encore que ses prédécesseurs universitaires, Godechot perçoit en Napoléon un homme du passé et dénonce l'imperfection de son génie, en vue d'anéantir une mythologie.  

(p.128)  Le pourfendeur de la liberté

« Les armées de la République firent la guerre aux rois! Napoléon la fit aux peuples! Elles fondèrent des gouvernements populaires en Hollande, en Suisse et dans toute l'Italie; Napoléon établit par­tout des rois avec un pouvoir entièrement semblable à celui qu'il exerçait. Après la paix d'Amiens, il avait rétabli l'esclavage à la Guadeloupe, à Cayenne, et tenté, par une expédition considé­rable, de remettre les nègres de Saint-Domingue dans la servitude. La souveraineté sans contrôle, atteignant tout, à laquelle rien, ni personne ni chose, ne peut échapper, telle que Napoléon l'avait organisée, ne pouvait tolérer nulle part un vestige de liberté; aussi ce fut un dessein bien arrêté et constamment suivi par l'Empereur d'anéantir la liberté partout où il pourrait l'atteindre, sous quelque forme qu'elle se présentât à ses yeux. » Flora Tristan, Promenades dans Londres (1842), Paris, Indigo & Côté-femmes Éditions, 2001. Dictature, certes; despotisme également. La nature précise de ce pouvoir importe sans doute moins que ses effets, sauf à vouloir y discer­ner le lien qui relie Révolution et Empire. Qualifier le Consulat de dictature militaire implique une rupture réelle entre les deux périodes et en récuse en somme la nécessité; ç'aurait été le choix personnel de Bonaparte et, à ce titre, il aurait constitué une régression par rapport à la Révolution. Qualifier au contraire le régime de dictature de salut public revient à souligner la continuité entre Révolution et Consulat, à imputer aux circonstances tragiques la dictature et à absoudre Napoléon, qui devait la (p.129) mettre en œuvre sous peine de ne pouvoir sauver la France issue de 1789. Insister enfin sur le despotisme éclairé de 1799-1814 relativise la nouvauté des réalisations entreprises par Bonaparte, qui aurait poursuivi la nouveauté des réalisations entreprises par Bonaparte, qu aurait poursuivi la tâche de rationalisation que n’avait pu mener à bien l’Ancien Régime. C’est en somme là l’interprétation de Louis Bergeron, qui n’oublie pas de souligner à juste titre le caractère policier du régime, avant de conclure sur la nouveauté du tye de pouvoir introduit par Bonparte : un alliage de démocratie passive et d’autortié. Inutile de dire que chez ces historiens universitaires, la mythologie cède le pas devant l’histoire critique. Napoléon n’est plus un sujet de haine ou d’admiration, mais un objet d’étude.  (p.130) Cette obsession de grandeur et de gloire /de la France /est récurrente depuis l'Empire et remonte à plus loin encore. Elle relie Louis XIV à de Gaulle, en passant par la Révolution, Napoléon Ier, Napoléon III, voire Pétain. Autrefois monarchique, révolutionnaire, impériale, la grandeur nationale est captée progressivement par les courants de droite, en ce qu'elle implique ordre, puissance, autorité, honneur, nationalisme. Elle fait bon marché des libertés, de l'égalité et de la fraternité entre les peuples. Car la grandeur de la France se fait - s'est faite - nécessairement au détriment de ses voisins. Elle privilégie un seul peuple, les Français, et a donc des accents nationalistes. Ce n'est pas pour déplaire à la droite de l'entre­deux-guerres. Louis Madelin s'en réjouit et pardonne à Napoléon une ambition tout entière tournée vers la gloire de la France. Peu importe les désastres et les horreurs du règne. Ils sont à la mesure du génie napoléo­nien. Au nom de la patrie et de sa grandeur, le nationalisme conservateur ressuscite dans un même élan Jeanne d'Arc et Napoléon. Si tous n'ap­plaudissent pas unanimement aux conquêtes, ils s'extasient devant le génie multiforme du Héros, quitte à adopter la harpe ossianique ou la lyre homérique. Bainville va plus loin encore, il ressuscite en faveur de l'homme extraordinaire le mythe solaire.Avec la montée des fascismes, la démocratie est de plus en plus critiquée, d'autant qu'en 1936, la République parlementaire entreprend des réformes sociales d'envergure et qu'elle est dirigée par Léon Blum, qui concentre sur lui les haines racistes les plus odieuses. Non seulement aux ordres de la « finance juive internationale », membre de l'Inter­nationale maçonnique, Blum participerait du complot universel contre la France. Pis. Il ne serait ni socialiste ni français:« C'est un trait curieux de ce chef de l'Internationale ouvrière qu'il semble craindre les contacts avec la terre: il n'a jamais frémi en sentant monter à ses narines l'odeur du sillon ouvert par le fer de la charrue; il est étranger à tout ce qui est sève, humus, sources entre les mousses, sentiers entre les haies, [H'] glèbe, argile, terre grasse, terre de bonne amitié. Ah! Ce n'est pas un homme de chez nous. » (M. Bedel, cité par P. Birnbaum) (p.131) Les nationalistes français avaient une imagination déferlante, amplifiée par les sciences nouvelles - géographie des races chez André Siegfried, anthropologie ethnoraciale de Georges Montandon, pour ne citer qu'eux. Mais le champion en la matière était sans nul doute l'au­teur de Bagatelles pour un massacre, qui aurait volontiers échangé le président du Conseil contre le dictateur nouveau: « Portant les choses à tout extrême, pas l'habitude de biaiser, je le dis tout franc, comme je le pense, je préférerais douze Hitler plutôt qu'un Blum omnipotent. Hitler, encore, je pourrais le comprendre, tandis que Blum, c'est inutile, ça sera toujours le pire ennemi, la haine à mort, absolue. Lui et toute sa clique d'Abyssins, dans la même brouette, ses girons, son Consistoire... Les Boches au moins, c'est des Blancs... S'il faut des veaux dans l'aventure, qu'on saigne les Juifs! C'est mon avis... » (L.-F. Céline, cité par P. Birnbaum) Malgré leurs attaques contre le ver corrupteur que serait l'étran­ger, les pourfendeurs du Front populaire et les zélateurs de l'antisémitisme n'en continuent pas moins curieusement de célébrer le Héros corse - contrairement aux républicains du XIXe siècle, qui imputaient à l'« instinct de race» l'impérialisme napoléonien. Le nationalisme exclusif de cette extrême droite inclut Napoléon dans l'histoire de France et chante l'antique race insulaire: « race obstinée, aux mœurs pures, au regard pathétique, lignée altière et sauvage» (J. Bainville). Dans cette belle origine se retrouverait ce qui fait défaut en France: la pureté, l'énergie, la virilité perdues depuis l'entrée dans la Ille République. Ces démonstrations n'ont pas pour dessein de trans­former Napoléon en un dieu de la Guerre. Bien au contraire. L'Empereur se serait battu pour la paix et les frontières naturelles que lui refusait l'Europe - notamment l'Angleterre. Car la haine de la République va de pair avec une anglophobie, déjà perceptible sous la Restauration, entre autres chez Hugo ou chez Béranger, mais pour d'autres raisons - évi­dentes: le calvaire de Sainte-Hélène. Désormais, les invectives contre la perfide Albion sont fréquentes pour incriminer l'égoïsme d'une puis­sance capitaliste et protestante, dont le mercantilisme serait responsable de la tragédie impériale. (p.132)  Le culte de la force et de la grandeur débouche en 1940 sur la nomination au pouvoir du maréchal Pétain, suivie bientôt de la disso­lution de l'Assemblée. Pétain est perçu à son tour comme le Sauveur qui rendra gloire et honneur à une France humiliée par la défaite. C'est l'époque où paraissent de nouveaux ouvrages pronapoléoniens: presque tous dédiés au Maréchal. Reviennent alors sur le devant de la scène les vertus qui avaient fait les beaux jours de l'Empire: honneur, famille, patrie. Pétain, moins enclin que Napoléon à adopter le rythme de son temps et à regarder en avant, y ajoutera le travail et le retour à la terre, les vertus morales et chrétiennes. Son héros par excellence ne sera donc pas le Grand Capitaine, héritier des Lumières, mais l'héroïque et pieuse bergère du xve siècle: Jeanne d'Arc.Communistes et socialistes sont poursuivis, tout comme ceux qui constituaient l'équipe du Front populaire. L'historiographie napo­léonienne devient plus que jamais nationaliste, racialiste, déterministe. On ressuscite les théories sur l'hérédité. On se réfère tant à Taine qu'à Claude Bernard. C'est ainsi que pour François Duhourcau, ancien combattant pétainiste, Napoléon serait grand parce qu'il est né d'une « énergique couveuse, singulière forcerie que cette maison sauvage et fière pour épanouir le germe de celui qui sera Bonaparte! » (sic 1). Et s'il agit de temps à autre de façon démesurée, c'est tout simplement parce qu'il possède un système nerveux pathologique, une cyclothy­mie qui le portera à des excès hyperesthésiques (sic!). Ce serait là la faille physiologique de cet « incomparable génie d'homme ». Mais c'est (p.133) dire que la destinée de Napoléon était tracée d'avance. En aucun cas il ne fut coupable d'ambition égoïste; il ne fit que suivre l'instinct qui le portait vers la conquête. Le mythe du Sauveur ou du Génie aurait pu s'en trouver rabougri!Si, d'une part, les références à l'Empereur contribuent implicitement à louer le Patriarche, le Père de l'État national qu'est devenue la République française, dans le camp adverse (la Résistance) elles peuvent tout aussi bien s'en prendre au vieillard de quatre-vingt-quatre ans, incapable de clore une paix satisfaisante ou de poursuivre le com­bat. Quel contraste entre le jeune Bonaparte et le Maréchal! Raison de plus pour qu'après guerre, Napoléon puisse à nouveau être invoqué pour redorer le blason de la France. Dans ce contexte, c'est bien sûr le glorieux héritier de la Révolution, le vainqueur de l'Égypte ou le conquérant de l'Allemagne que l'on glorifie - de Gaulle n'oublie pas de se référer à l'illustre expédition d'Égypte au moment où il organise en Afrique du Nord les Forces libres. Ces glissements (incessants) révè­lent combien les personnages historiques sont en mesure de consoler des traumatismes subis durant les guerres, mais trahissent aussi le besoin des temps de crise de se tourner vers des personnalités lointaines et qui échappent donc aux incertitudes du présent. Une fois encore est exorcisé le despotisme de l'empereur des Français au profit de sa gloire et de son génie. Les premiers sondages réalisés en 1948 dévoilent que Vichy n'a pas terni la popularité du conquérant héroïque - qui rede­vient l'idole compensatoire d'une France humiliée et l'étendard de la grandeur nationale meurtrie. (p.133) La victoire des Alliés en 1945 met fin aux mouvements d'ex­trême droite et aux éloges dithyrambiques de la force et de la violence. Un autre général entre en scène: Charles de Gaulle, dont la personna­lité haute en couleur évince des mémoires celle de l'indigne maréchal. De Gaulle, justement, cultive lui aussi une image de Napoléon. Mais c'est un Napoléon nuancé, devant lequel on est partagé entre le blâme et l'admiration: « Sa chute fut gigantesque, en proportion de sa gloire. Celle-ci et celle-là confondent la pensée. »  (p.135) Ce mythe - qui inclut aussi bien Napoléon et ses victoires que les guerres révolutionnaires et les conquêtes coloniales, elles-mêmes liées à la « mission» civilisatrice de la France - exorcise les catastrophes de l'histoire nationale, dissimule les fautes et les erreurs, apaise les blessures d'amour-propre, mais, comme tous les mythes, c'est une construction mensongère, fondée sur une illusion dangereuse, qui motive par de beaux principes des réalités sinistres, telles celles dénon­cées à partir des années 1960 à propos de la guerre d'Algérie. Militarisme et colonialisme se trouvent être deux réalités d'un même système mythologique qui visent la grandeur nationale, avec les dan­gers et excès afférents. Dans une Europe unie et pacifiée, elles sont vouées à s'estomper. La grandeur actuellement, c'est celle que confè­rent à la France les dieux du stade ou des Olympiades - ainsi que le démontrent les résultats des sondages récents. (p.157) La morale de l'histoire dans la France de Vichy, c'est avant tout celle que donne la Prusse du XVIIIe siècle, où l'art de raisonner est discrédité au pro­fit de l'action, de la discipline et du bon sens - auxquels l'on devrait en somme la supériorité militaire de l'Allemagne du xxe siècle. De ce point de vue, Napoléon peut demeurer dans le panthéon pétainiste. Mais il ne peut l'emporter sur Jeanne d'Arc, en ce qu'il est lui-même l'héritier des Lumières et le législateur rationnel d'une France centralisée à l'extrême. Et s'il a hissé très haut les drapeaux de la victoire et réconcilié pour un temps les Français, il n'a pas libéré la France, mais, à l'inverse, il est cause des deux invasions de 1814 et de 1815. (p.158) Une fois encore, ild emeure le Sauveur, mais c’est un sauveur ambigu. (p.198) Mango Jeunesse a réalisé un CD de 11 chansons originales qui déclinent sur une musique rock les prouesses de la carrière de Napoléon, quitte à fustiger l’Angleterre et à discréditer la République : (…). Le CD constitue le supplément de Napoléon et son temps, manuel destiné aux jeunes - auxquels l'on ne saurait trop conseiller de prendre leurs distances envers le bonapartisme fort peu pédagogique des concepteurs. Une même méfiance est de rigueur à l'égard des sites qui se multiplient actuellement et dont certains sont à n'en pas douter entre les mains d'admirateurs fervents de Napoléon le Grand, l'homme providentiel. Qu'en est-il du nouveau site « Napoléon IV», qui se donne pour le premier parti politique virtuel et qui plaide en faveur d'un retour au bon sens? Aux internautes d'en juger: «Attention toutefois, Son Excel­lence est coluchienne, et il vaut mieux ne pas se formaliser de son humour parfois acide! » Reste à se demander si Coluche se serait retrouvé sous cette étiquette saugrenue.De la musique rock au film d'animation (Le Chien, le général et les oiseaux de Francis Nielsen), en passant par la bande dessinée (Napoléon et Bonaparte de Jean-Marc Rochette, chez Casterman), les enfants eux-mêmes sont invités à commémorer l'épopée. Difficile avec ça d'oublier l'Empereur! (p.199) La pérennité du mythe napoléonien corrobore la nostal­gie du merveilleux, du surnaturel chez le plus grand nombre; dévoile l'aspiration régulière, sinon constante, à un monde où se succéderaient miracles et exploits; trahit la soif d'héroïsme de générations qui en sont privées et la nostalgie de grandeur d'hommes déçus par le nivellement démocratique ou le déclin des grandes idéologies; elle signale enfin les périodes de crise - puisque, à en croire Taine, « il faut de grands maux pour susciter de grands hommes ». N'en faut-il point pour les commé­morer? Si tel est bien le cas, la figure de Napoléon parlera longtemps encore aux hommes les plus divers, d'autant qu'elle abrite plusieurs mythes fondateurs: Prométhée, Phaeton, Messie ou Christ; mais aussi des mythes anciens et modernes: Alexandre, César, héros exemplaire, éner­gique et volontaire, visionnaire, sauveur, martyr; des mythes primitifs: éternel retour et âge d'or; sans oublier les mythes nationaux - unité nationale, gloire et grandeur - et les mythes nouveaux, nés des Lumières et de la Révolution - celui de l'homme qui doit tout à son mérite et à son génie, de l'homme qui s'est émancipé de Dieu et qui rivalise avec le divin. De l'apogée à la chute, Napoléon aura eu pour atout d'incarner les grands thèmes de la condition humaine (y compris ceux de la modernité). Ce qui pourrait expliquer sa renommée universelle et la durée du succès. 

 

 

3.2 Exemple de manifestation révisionniste encore organisée

 

 

« Sous-lieutenant », La Belgique sous la Révolution et l'Empire, 07/06/2007

Le samedi 6 octobre 2007 à l'hôtel de ville de Saint-Gilles, près Bruxelles, le Souvenir napoléonien organise un colloque scientifique intitulé "La Belgique sous la Révolution et l'Empire".

Sujets abordés:

- De la Révolution à Napoléon ou les enjeux de la mémoire en Belgique, par Philippe Raxhon, professeur à l'université de Liège.
- 1793, les votes de rattachement à la France, par Jean-Marie Horemans, président du Centre d'histoire de la Thudinie.
- Du prince à l'Empereur, Liège sous le régime français, par Francis Balace professeur à l'université de Liège.
- Thérésia et Joséphine, par la princesse Elisabeth de Chimay.
- Napoléon et Ostende, les cinq séjours de Napoléon Bonaparte sur le littoral, par Jean-Jacques Pattyn, secrétaire général de la Société royale belge d'études napoléoniennes.
- La pacification religieuse, par Jean Stèvenaux, administrateur du Souvenir napoléonien.
- Le prix de Rome pour la musique et les musiciens protégés par l'Empereur, par Marie Cornaz, de la section musique de la Bibliothèque royale de Belgique.
- L'Empereur favorise la recherche scientifique: un Liégeois découvre le procédé de réduction d'un nouveau matériau, le zinc, par Louis Dussoulier, premier compagnon des Compagnons de l'Empire.
- Les soldats belges dans les armées impériales, par Patrick Maes, président de l'Association belge napoléonienne.
- La franc-maçonnerie en Belgique sous l'Empire, par Jacques Lemaire, professeur à l'université libre de Bruxelles.

 

4 Vers l’anti-révisionnisme

 

4.1 Eric Meeuwissen, Un livre, un prof, pour jouer au stratégo à Waterloo, LS 31/05/1990

 

A propos du livre de Luc Devos, Les 4 jours de Waterloo 15-16-17-18 juin 1815, éd. HatierLe livre mentionne une erreur parue dans le “Dictionnaire d’histoire de Belgique “, publié en 1988 sous la direction d’Hervé Hasquin et dans lequel on peut lire: “Les Belges qui participèrent à la bataille de Waterloo le firent surtout dans les rangs de l’armée française.” 

 

4.2 L.M., D’Elbe à Ajaccio, avec Napoléon pour guide, LB 09/08/1999

Sur l’île d’Elbe, une messe est dite à sa mémoire tous les 5 mai, à l’église de la Misericordia.En Corse, les Corses « lui préfèrent Pascal Paoli, un oublié des livres (français) d’histoire, qui avait offert à la Corse ses quelques mois d’indépendance. »  

 

4.3 Christian Bazin (7506 Paris), Sa gloire a coûté cher à la France,  Le Figaro 11/12/2003

La gloire de Napoléon a coûté trop cher, beaucoup trop cher à la France pour que l'on pense à gar­der son sang-froid. La responsabi­lité des années 1789 à 1815, dont celles du Consulat et de l'Empire, dans le déclin de la France à partir du XIXe siècle est certaine. Pre­mière puissance européenne, voire mondiale, au XVIIIe siècle, la France passe derrière l'Angleterre, pre­mière puissance du XIXe siècle. Elle paie ce recul par 2 millions de morts des guerres de la Révolution et surtout de l'Empire, sur une population de 27 millions, propor­tion beaucoup plus forte que la sai­gnée de 14/18. Elle le paie par sa stagnation économique, indivi­duelle et financière en face de la croissance rapide de sa rivale. Pour­quoi célébrer tant de victoires fameuses dans toute l'Europe quand, hélas, Trafalgar et Waterloo en annulent le résultat . 

 

4.4 Bernard Roseau (92200 Neuilly-sur-Seine), La ferveur napoléonienne vient du peuple, Le Figaro, 11/12/2003

« Napoléon n'est pas ma tasse de thé." C'est par cette sentence définitive que Mgr Lustiger a justi­fié sa décision de ne pas accueillir à Notre-Dame la messe du bicen­tenaire du sacre de l'Empereur et de la reléguer en l'église de la Madeleine. L'archevêque de Paris aurait pu se souvenir que Bona­parte avait rétabli la paix religieuse.Le Sénat, lui non plus, pas fait preuve de reconnaissance exces­sive, le 18 mai, jour anniversaire du sénatus-consulte qui faisait de Napoléon l'empereur des Fran­çais : la pose d'une plaque com­mémorative avait été refusée, et le président du Sénat brillait par son absence. Le président de la Répu­blique n'a pas fait mieux en igno­rant les manifestations du bicente­naire du camp de Boulogne, début juillet, ou de la remise des croix de la Légion d'honneur du 16 août 1804 sur le même site. Finalement, ce sont des milliers d'anonymes ou ceux qui reconstituent des batailles qui font le plus preuve de ferveur napoléonienne. Cette répugnance des autorités civiles et religieuses à reconnaître, en 2004, l'œuvre civile de Napoléon nous ramène à cette phrase du prince de]oinville, rapportée par Victor Hugo, dans Choses vues. Ce fils du roi Louis­-Philippe, qui avait dirigé l'expédi­tion navale du retour des cendres, fit ce constat sans concession après les cérémonies du 15 décembre 1804 : « Dans cette affaire, tout ce qui vient du peuple est grand, tout ce qui vient du gouverne­ment est petit.»

 

4.5 Roger Courbe, Un dictateur sanguinaire, Le Figaro, 11/12/2003

Comment osez-vous magnifier Napoléon, ce dictateur sanguinaire, alors que tous les efforts d'aujourd'hui visent à combattre ce genre de personnage? Votre chauvinisme dépasse toutes les limites du raisonnable et frise l'indécence.

 

4.6 Ronano, Napoléon, despote éclairé et droit divin, in: Newsgroups: fr.soc.histoire,fr.soc.histoire.moderne, 27/12/2005

Philippe Ramona avait prétendu:

> Ne pas célébrer Austerlitz, c'est juger un événement historique (la victoire militaire de l'armée française sur les armées russes et autrichiennes dans un contexte de lutte européenne entre les monarchies de droit divin et un Empire qui reste d'inspiration démocratique) en fonction d'un autre événement qui n'a aucun rapport avec celui là (le rétablissement de l'esclavage par Napoléon dans les colonies restées françaises).
 
Tout faux.
 
L'Empire d'"inspiration démocratique", c'est quand même assez fort...Une façon pernicieuse de dire qu'il s'agissait d'un régime antidémocratique, et qui avait succédé à un régime relativement démocratique, en le renversant. A la limite, le régime de Vichy serait
davantage "d'inspiration démocratique", dans la mesure où c'est bien l'Assemblée nationale qui a voté les pleins pouvoirs à Philippe Pétain en 1940.
 
Ensuite, la lutte de Napoléon était loin, très loin de l'opposer à des "monarchies de droit divin". Passons sur l'amalgame entre empires et monarchies et venons-en au  "droit divin": c'était justement une notion déjà rejetée par les "despotes éclairés" une ou deux générations précédant Napoléon:  Frédéric II en Prusse, Marie-Thérèse et Joseph II en Autriche, Catherine II de Russie... Dans ces états, le droit divin est rejeté au profit de la revendication d'exercer un pouvoir selon un  "contrat social", un ensemble de droits et de devoirs envers le peuple.

Cela n'empêche en rien ces régimes d'être autoritaires, inégalitaires et proches des clergés, mais l'autorité n'est pas exercée au nom de Dieu. Cela se traduit aussi par une certaine liberté de conscience: par exemple en Autriche, la tolérance religieuse vis-à-vis des confessions
minoritaires (Juifs, protestants) est reconnue en 1781; parallèlement, l'Eglise catholique est subordonnée à l'Etat.
 
Au contraire, Napoléon se fera sacrer empereur en 1804 en appelant le pape Pie VII dans la cathédrale de Notre-Dame-de-Paris, à la manière des rois francs, qui prétendaient exercer l'autorité par délégation sur Terre de l'autorité divine.
 
Quant à la tolérance religieuse, Napoléon est également un profond réactionnaire. comme le rappelle cet extrait de l'excellent texte: "Napoléon, le mythe et la réalité" posté le 12/12/05 sur fr.soc.histoire:

"Au nom de ses principes, la Révolution avait fait des français de confession israélite - pour la première fois dans la longue histoire de la diaspora juive en France - des citoyens à part entière. Napoléon, par les quatre décrets anti-juifs de 1808 les replace dans une situation de citoyens entièrement à part. Ces textes, rarement cités par les historiographes officiels, n'ont rien à envier à ceux de l'Etat Français de 1940. Professions interdites, recensement avec
établissement de listes, limitation drastique du droit à résidence et des lieux de culte, spoliations et expulsion de l'Empire français en cas de manquement : à part le port de l'étoile jaune, rien n'y manque."

Les idolâtres de Napoléon, et qui prétendent en même temps se réclamer des principes démocratiques et laïques, font preuve encore de nos jours d'une consternante schizophrénie.

 

4.7 Napoléon rattrapé par la vérité historique, www.africamaat.com

Droite : Napoléon inconnu au bataillon - Article de Liberation.

 

Villepin ne sera pas à la commémoration des 200 ans d’Austerlitz. L’Empereur n’a pas la cote.

Par Antoine GUIRAL, in : Libération du : vendredi 02 décembre 2005 

Napoléon incite le sommet de l’Etat à la prudence. Et la France, qui adore plus que tout autre pays commémorer sa grandeur passée, va presque mettre en sourdine aujourd’hui le bicentenaire de la bataille d’Austerlitz qui vit, le 2 décembre 1805, les troupes de la Grande Armée mettre en déroute les forces de la coalition russe et autrichienne au terme d’un combat qui fit au moins 28 000 morts... et vénéré par tous les mordus de stratégie militaire.Jacques Chirac n’assistera pas à l’unique célébration, prévue ce soir place Vendôme à Paris. Plus surprenant, Dominique de Villepin, admirateur de l’Empereur et auteur d’un livre intitulé les Cent-Jours ou l’esprit de sacrifice (éd. Perrin), a, lui aussi, décliné l’invitation. Depuis son arrivée à Matignon, il s’échine à gommer son image de maréchal d’Empire exalté au service de la Chiraquie. Seule la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, participera à une discrète cérémonie, mais en République tchèque, près du lieu même de la bataille.

 

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Sur fond de crise du « modèle français » et de tentative de glorification du passé colonial par une partie de la droite, le contexte politique intérieur ne se prête guère à la célébration d’un personnage aussi controversé que Napoléon. Si ses admirateurs se comptent toujours par millions à travers le monde, il est aussi l’objet, depuis près de deux siècles, de permanentes polémiques. Ces dernières semaines, son rôle dans le rétablissement de l’esclavage a été remis en avant par nombre d’associations d’outre-merqui appellent à manifester demain à Paris « contre le révisionnisme historique et les commémorations officielles de Napoléon ». Dans un ouvrage au vitriol (le Crime de Napoléon, éd. Privé), le polémiste Claude Ribbe compare l’empereur à Hitler et l’accuse de « l’extermination industrielle » de dizaines de milliers d’hommes sur des critères raciaux.Vice-présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, Françoise Vergès, qui enseigne à l’université de Londres, rappelle que « c’est Napoléon qui rétablit en 1802 l’esclavage et réactive le Code noir ». « Il envoie des troupes pour écraser la rébellion à Saint-Domingue et en Guadeloupe. Non pas qu’il défende un système économique basé sur l’exploitation des Noirs mais plutôt parce que, pour lui, l’ordre compte plus que tout. Dans son esprit, il n’est pas question d’égalité avec les Noirs et encore moins d’une République noire, souligne-t-elle. C’est lui qui fait arrêter et ramener en France le général noir Toussaint-Louverture qui mourra au Fort-de-Joux en Franche-Comté, en 1803. »Dans une sorte de consensus implicite, la classe politique française ­ qui compte pourtant dans tous les partis nombre d’admirateurs du « Petit Corse » ­ a senti qu’il valait mieux ne pas trop en faire à l’occasion de ce bicentenaire. Seul André Santini, député (UDF) des Hauts-de-Seine et proche de Nicolas Sarkozy, a pris sa plume, non sans malice, pour interpeller Villepin en jouant sur la fougue du Premier ministre : « Vous qui avez, et avec quel talent, exalté le génie de Napoléon pendant les Cent-Jours, [...] vous qui, en héritier du général de Gaulle, célébrez à chaque occasion la grandeur de notre pays, pouvez-vous tolérer qu’aucune célébration officielle ne soit prévue » pour le bicentenaire d’Austerlitz ? Et de préciser à Libération qu’il voit là « un signe de la France qui tombe, oublie son passé » et se sent, lui, « fatigué d’entendre que la repentance doit maintenant s’appliquer à Napoléon ». Panache en berne, le grognard de Matignon ne lui a pas répondu. 

 

4.8 Thomasset Pierre, 31/03/2007

Je comprends de mieux en mieux que l'expression "se prendre pour Napoléon" soit synonyme d'esprit dérangé.

Sur ordre de ce malade de Napoléon, les archives vaticanes furent classées par les archivistes français à Paris, pendant quatre ans. Une partie fut détruite, brûlée, perdue ou mélangée. (…)

Voici un extrait d'une information à ce sujet, que vous pourrez facilement retrouver sur Internet.

« En février 1810, Napoléon émit un édit d’occupation des archives papales; … Divers convois, composés d’énormes chariots … quittèrent Rome pour Paris … des expéditions analogues furent réalisées par la suite. A Paris, les … archives papales … devaient intégrer le projet des Archives Centrales de l’Empire, …
Après la chute de l’Empire … (11 avril 1814), le roi Louis XVIII, … décida de restituer au pape les archives vaticanes, et la pape envoya à Paris … Mgr Gaetano Marini (Préfet des Archives Vaticanes), son neveu Mgr Marino Marini (coadjuteur …aux Archives Vaticanes),… les opérations s’arrêtèrent brutalement lors de la parenthèse … des Cent Jours (26 février-22 juin 1815); pendant cette période, on suspendit les mesures de restitution … les documents subissaient de graves dommages et violations.
L’épopée napoléonienne définitivement passée, Pie VII, le 12 août 1815, donna l’ordre à Marino Marini … de reprendre la préparation de l’expédition des archives … Marini reprit …ce travail le 3 septembre 1815, et … en octobre suivant, les premiers convois pouvaient partir, … Dans ces voyages de retour …, se reproduisirent les dommages encourus à l’aller, en particulier la perte de chariots entiers …
Le 23 décembre 1815, Mgr Marini rentrait à Rome et pouvait remettre au pape la première partie de la documentation soustraite par Napoléon. C’est à ce moment qu’il fut demandé au comte Ginnasi … de récupérer la partie des Archives Vaticanes encore sur le sol français, et de la réexpédier à Rome. … le cardinal … Ercole Consalvi, décida que les «papiers inutiles, qui peuvent être jetés aux flammes» seraient ainsi détruits sur place. Le comte Ginnasi s’exécuta si bien que lorsqu’il revint à Rome, il avait brûlé des centaines (sinon des milliers) d’unités, tandis que d’autres milliers avaient été vendues comme papier à des charcutiers parisiens, si bien que beaucoup de séries d’archives vaticanes furent mutilées et d’autres disparurent pour toujours. Entre juillet 1816 et mars 1817, on envoya à Rome plusieurs convois, et le matériel Vatican retrouva progressivement son siège (avec les pertes mentionnées) les années suivantes.
Le désordre avec lequel furent préparées les caisses … fut tel qu’à leur arrivée au Vatican, plusieurs séries des différentes archives de la Curie furent confondues avec d’autres … Avec le temps … quelques séries, au moins virtuellement (sur les inventaires) furent recomposées. Cependant, le corpus des Archives Vaticanes porte encore les blessures du funeste transfert à Paris. »

 

4.9 Andreas Hofer 1809 – Die Freiheit des Adlers, ARD, 28/12/2002

Tobias Moretti spielt den Tiroler Volkshelden Andreas Hofer, der mit einer Armee erzürnter Bauern den grossen Napoleon und seinen bayerischen Verbündeten die Stirn bot.  

 

 

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21:27 Écrit par Justitia & Veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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